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Pierre Fayeulle revient sur son exceptionnel parcours dans les FFL

3 Novembre 2010 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #Leclerc

Article de Nord Littoral, du 18/06/2010 : link

 

 

"De l'Angleterre à l'Afrique de l'ouest dans les Forces françaises libres

 

C'est avec beaucoup pudeur et non sans émotion que Pierre Fayeulle est revenu sur son exceptionnel parcours au sein des Forces françaises libres qu'il a rejoint dès la fin du mois de juin 1940.


Né en 1920 à Calais, Pierre est étudiant en droit à l'université de Lille et maître d'internat dans un lycée de Valenciennes quand, en juin 1940, les Allemands aux portes de la ville, l'incitent à quitter les lieux. « J'étais maître d'internat pour financer mes études. Devant l'avancée allemande, avec deux professeurs et un copain, nous avons pris la route, vers le 20 juin et nous nous sommes retrouvés au Mans. J'étais mobilisable, j'avais 20 ans à l'époque, mais je n'avais pas encore reçu l'ordre de mobilisation et je ne voulais sûrement pas être fait prisonnier. Mon but était l'Angleterre pour rejoindre les forces françaises qui s'y tenaient. En chemin, nous évitions les routes départementales. Arrivé au Mans, l'Académie m'a dit d'aller à Morlaix où affluaient beaucoup de réfugiés parisiens. À Morlaix, j'ai travaillé comme professeur de français pendant huit jours . » Les Allemands ont ensuite passé la Seine et Pierre Fayeulle est parti à Douarnenez où il a trouvé un bateau pour l'Angleterre. « On a trouvé un petit bateau de pêche. Tout le monde se méfiait de nous. Le patron nous a demandé de revenir vers dix heures et nous avons embarqué. Nous sommes passés au large d'Ouessant. Au milieu de la Manche, nous avons croisé un sous-marin qui était peut-être français, je ne l'ai jamais su. Les deux marins qui étaient à bord faisaient leurs prières. » Quelques frayeurs plus tard, Pierre arrivait enfin chez les Anglais, en Cornouailles, dans le petit port de Penzance. « Les locaux connaissaient bien les Bretons avec qui, ils commerçaient. On est resté 24 heures dans la rade avec le mal de mer avant de monter à bord d'un pétrolier baptisé le Rhin, si ma mémoire est bonne. Il était chargé à ras bord. Puis, on a pris place à bord d'un navire de guerre et avons pris des chaloupes pour arriver à terre . » De là, Pierre séjourne quelques jours dans une école qui avait de hauts mûrs avant de prendre la route de Londres. Sur place, il découvre qu'un certain général de Gaulle menait la résistance. « Le général De Gaulle, j'en avais quasiment pas entendu parler. J'ai ensuite été dirigé vers l'Olympia qui était un immense bâtiment. Le roi et la reine sont venus nous rendre visite. Ils étaient accompagnés de la princesse Margareth et de la jeune Anne. »

 

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Un engagement signé
le 7 juillet 1940

« J'ai signé mon engagement dans les Forces françaises libres le 7 juillet et sur mon livré d'engagement daté du 24 août 1940, je porte le numéro 252. J'étais le 252e engagé volontaire. » Pierre a vécu un long moment à Londres jusqu'en février 1941. Il se rappelle les bombardements et le flegme britannique. « Je me souviens des premiers bombardements qui se sont très vite intensifiés à partir du 15 septembre. Face aux raids allemands, les Britanniques conservaient leur calme et continuaient de vivre malgré la menace permanente. On se baladait dans un Hyde Park au beau milieu de la DCA. Je me souviens du 15 septembre où 180 avions allemands ont été abattus en plein jour par un temps magnifique. Et, malgré les bombes incendiaires, les anglais ne bougeaient pas. » Après quelques mois passés à l'Olympia, Pierre rejoint Gordon Street près de la gare d'Euston et s'installe dans un ancien hôpital militaire pour marins. « Du haut du toit bâtiment, les Anglais avaient installé des civils qui repéraient où les bombes été tombées. Et puis, des volontaires féminines sont arrivées chez nous car leur bâtiment avait été détruit. Je me souviens aussi qu'une fois, des hurlements avaient résonné toute la nuit, des bombes à retardements étaient tombées non loin de notre refuge. »
De l'Angleterre à l'Afrique Équatoriale
En février 1941, Pierre décide de partir pour l'Afrique Équatoriale Française. Il avait eu le choix entre l'Égypte et l'Afrique Équatoriale et, voulant voir du pays, il choisit l'Afrique noire. « Les Anglais étaient nos alliés et s'ils continuaient la guerre, je devais aussi la continuer. Nous avons mis deux mois à rejoindre Freetown au Sierra Leone. Notre convoi de cinquante navires avait fait le tour de l'Atlantique afin d'éviter les sous-marins allemands. Nous étions passés au large de l'Islande puis du Groenland et étions redescendus vers la mer des Sargasse au large des Antilles. Pendant ces deux mois, je prenais plaisir à regarder cette flotte et, un matin, nos escorteurs avaient disparu, ils étaient partis se battre contre un navire allemand qui nous suivait. Je me souviens aussi de la solidarité et l'esprit de camaraderie que nous portaient les Anglais. Un jour, le commandant de notre embarcation, vient nous voir, nous étions une douzaine de Français à bord, et nous demande si nous aimions le vin.
Bien sûr que nous aimions. Et partir de là, nous avions une bouteille sur notre table chaque soir.
»

Sans nouvelle de ses proches pendant cinq ans
Pierre portait l'uniforme de l'armée anglaise mais avait tout l'équipement de l'armée française. Arrivé à Pointe Noire, principal port de l'AEF, Pierre Fayeulle, jeune sous-officier, est affecté au bataillon du Moyen Congo. « J'ai d'abord travaillé à l'état major où j'ai connu Leclercq. J'étais détaché au service presse, pour le journal la France d'Abord qui expliquait aux gens que des Français continuaient la lutte.
» Pierre a ensuite été traducteur anglais à Brazzaville avant d'être envoyé en liaison auprès du haut état major pour l'Afrique de l'ouest à Accra au Ghana, encore appelé Gold Coast à l'époque. Il a ensuite souvent fait la navette entre le Nigeria et le Ghana où des sous-marins japonais et allemands croisaient régulièrement au large des côtes du golfe de Guinée. « Les sous-marins se ravitaillaient sur une île au large du Cameroun », se souvient Pierre Fayeulle.

« Votre fils est vivant »
À Accra, tous les Anglais recevaient du courrier microfilmé et des colis de leur famille. « Mais moi, je ne recevais jamais rien et un jour, on m'a appelé, les gars avaient partagé leur colis pour m'en faire un. Je n'avais aucune nouvelle de ma famille. Tous, sauf mon père, pensaient que j'étais mort. Il avait demandé à la Croix rouge d'effectuer des recherches pour me retrouver et il avait réussi. Mais j'avais des consignes strictes, aucune information aux familles pour ne pas les mettre en danger. Mon père avait tout même reçu un télégramme : "Votre fils est vivant". Sans aucune autre information. » Ainsi, pendant cinq ans, jusqu'en juillet 1945, Pierre Fayeulle a oeuvré pour sauver la France du marasme dans lequel elle était plongée depuis l'invasion allemande. En Angleterre puis en Afrique de l'ouest, il a eu un parcours exceptionnel. « Comme beaucoup d'autres, clame-t-il . Je n'étais pas le seul à avoir rejoint les FFL, nous étions des milliers. Alors bien sûr, aujourd'hui, les années passant, nous sommes de moins en moins à pouvoir témoigner. » Après la guerre, Pierre a fini ses études de droit et a été embauché au Medef de l'époque. Pendant cinquante ans, il a été président de l'association des Français libres de Calais. Aujourd'hui, il oeuvre encore pour la mémoire des anciens combattants, intervenant notamment dans les lycées et les collèges.
Fabrice ALLEMAND"

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