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Le blog de francaislibres.over-blog.com

Livre : Les combats de Herbsheim, du 6 au 11 janvier 1945

3 Novembre 2010 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #1ere DFL

Les combats de Herbsheim, du 6 au 11 janvier 1945

Société d'Histoire des Quatre Cantons -- 2004

 

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Tres beau livre sur les combats d'Herbsheim, combats généralement occultés par la bataille d'Obenheim qui mena à l'anéantissement du BM24. Il s'ouvre par les mémoires d'un artilleur du 1er RA, Xavier Zicchina. M. Zicchina a choisi de raconter ses souvenirs sous la forme d'une bande dessinée , certe naïve mais surtout très touchante.

Plusieurs autres témoignages et documents complètent cet album, permettant ainsi de mesurer l'intensité des combats . Ce sont donc les mêmes évènements qui nous sont racontés par des personnes différentes, officiers, simples soldats ou civils. Ces regards croisés nous plongent dans l'action, comme un champ-contrechamp.

C'est une tres belle réussite qui associe émotion et témoignage historique03-11-2010-18-44-32.JPG

 

 Extrait :

 

Quelques anecdotes du docteur Schtakleff-Chaquelle link

 

Legroux Pierre, 24 ans, amputation de la jambe droite pour grosse hémorragie.

 

Etant de vocation chirurgicale (ancien interne de l'Hôpital de Constantine, 1940-41) j'ai toujours voulu être chirurgien, mais... ? Mes infirmiers Wagner et Fendler étaient autour de moi, je leur ai dit : "Je ne veux pas que notre gars meurt d'hémorragie devant nous. Je vais l'opérer ! Vous allez le tenir solidement." Et comme je suis humain (nous n'avions aucun anesthésique), j'ai présenté à Pierre mon quart militaire rempli de kirsch et je lui ai dit

"Bois ça ! "

II s'est assoupi rapidement et pour me réconforter, il faisait -22 °C dans notre refuge, je me suis envoyé, "derrière la cravate", pas 1/4, mais la moitié du 1/4. Alors, avec le rasoir, j'ai sectionné cette jambe qui ne tenait que par des lambeaux d'os et de peau et immédiatement ligaturé des artères béantes avec des fils ? de couturière, peut-être ? Ligatures, pansements com-pressifs, etc., et vite évacué à l'ambulance chirurgicale légère la plus proche. Il y est arrivé en pleine forme et quelques heures après je recevais un message du chirurgien qui l'a repris :

"Chapeau toubib, vous avez fait un bon job ! "

Legroux Pierre, 24 ans, est sauvé ; nous avons terminé notre intervention, et il nous dit

"Merci ! "

S'il vit encore, qu'il entre en rapport avec moi.

 

Une anecdote triste... et gaie à la fois : pourquoi ?

Le mercredi 10 janvier 1945, j'ai ramassé sur la place de la mairie, congelé presque, Inguelen Arnold, grenadier allemand, 16-17 ans, polyblessé, sa liquette

collée à sa peau par des blessures suppurantes. Il était resté toute la nuit dehors par - 22 °C !

Dans ma cave infirmerie, je l'ai aussitôt ranimé avec les moyens du bord, nettoyé ses blessures suppurantes et l'ai réconforté. Il était nazi, fanatique, nous regardant avec des yeux terrifiants. J'ai demandé à mon infirmier-chef alsacien Wagner d'aller chercher une bonne dinde sur la place et "faites la cuire où vous voudrez". Ça a été un repas entre nous, fameux, et pour Arnold aussi. Après ce festin, mon infirmier Wagner l'a interrogé. Arnold s'est rebiffé et s'est dressé comme un homme, a hurlé "Heil Hitler, dans 15 jours nous serons à Londres !" Wagner lui a flanqué une paire de gifles claquantes !

A ce moment-là, un fusilier marin entrait et nous dit :

"Je viens prendre livraison d'un jeune grenadier allemand qui est chez vous ! "

- "Pourquoi ? La division SS  "Das Reich" qui est dans la région depuis sa venue du Sud-Ouest a intercepté un de nos fusiliers marins qui portait des bottes allemandes ! Et ils lui ont coupé les deux jambes au niveau des genoux. Il est mort d'hémorragie !"

Etant médecin, j'ai répondu : "Ce n'est pas Arnold qui a fait cela, je ne peux vous le livrer pour vengeance. " Nos hommes hurlaient :

"Si ce n'est pas lui, c 'est son frère ou son cousin ! Nous l'enlèverons et nous l'abattrons devant la porte de notre cave infirmerie ! J'ai crié non, non vous ne ferez pas ça, c'est horrible !"

Finalement, ils l'ont emmené, et je n'ai jamais su depuis comment cette histoire s'est terminée. Si Inguelen Arnold, qui devrait avoir 60-65 ans, est en vie, il pourrait se mettre en rapport avec moi ! La guerre, fanatique, c'est affreux !"

 

 

 

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