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Lettre de Félix Broche

26 Août 2011 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #1ere DFL

Source : http://itinerairesdecitoyennete.org/journees/22_oct/index.php?page=felix

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Lettre de Félix Broche

Lettre de Félix Broche, commandant le Bataillon du Pacifique, à ses parents. Félix Broche sera tué à la fin du siège de Bir Hakeim, le 9 juin 1942.

Damas, 1er septembre 1941

Bien chers Parents,
J’ai une occasion, enfin, pour vous écrire. Un de mes camarades de Tunisie, un capitaine, quitte Damas demain matin (dans quelques heures, car il est déjà 3 heures du matin…) […] J’ai pris cette décision de me rallier à la France Libre en toute connaissance de cause, malgré tous les dangers, tous les ennuis que cela présentait pour moi, pour mon avenir et ma carrière. Là est la seule voie. Vous êtes si mal renseignés en France que vous pouvez peut-être croire que ce mouvement n’avait pas de raison d’être. Là est l’erreur. Grâce à nous, grâce à nos morts, à nos volontaires, la honte de l’armistice d’il y a 14 mois s’atténue. La guerre n’est pas finie pour nous et la France n’est pas vaincue. Une défaite, si lourde soit-elle, ne peut être définitive pour
notre Pays. De cela, nous sommes convaincus.
J’ai vécu, vous le devinez aisément, des heures terribles, couru pas mal de dangers. Jusqu’à présent, tout ce que j’ai désiré, voulu, s’est réalisé et ma confiance dans ma chance reste aussi grande. Je vis en soldat et non en résigné, comme on vous le prêche en France. Il m’a fallu beaucoup de volonté pour ne pas m’abandonner au désespoir de vivre séparé des miens, de vous. Et pourtant, réfléchissez… Que peut-on condamner de nos sentiments, nous qui voulons nous battre contre l’ennemi, le seul qui occupe notre Patrie, qui retient prisonniers près de 2 millions de jeunes Français ? Mon Père doit me comprendre, lui qui a vécu les heures tragiques de la dernière guerre. Chez nous se retrouvent des hommes de tous âges, de toutes
origines, de toutes confessions politiques et religieuses. J’ai dans mon Bataillon un volontaire de 67 ans, ancien combattant, des familles composées de plusieurs frères ou cousins, du père de ses fils. J’ai des soldats et gradés licenciés, magistrats, professeurs, ouvriers, patrons, colons, employés, riches, pauvres. Il y a de tout, absolument de tout et tous n’ont qu’un rêve, un espoir : se battre pour libérer la Patrie que pas un sur cent ne connaît. Aussi, soyez sans crainte aucune pour moi, malgré ma peine d’être encore loin de vous, d’être séparé de ma femme, de Michel, de François, qui a deux ans aujourd’hui et que je ne connais pas, je
préfère mon sort à celui de mes camarades non ralliés, pour qui l’idée de se battre reste bien lointaine – malgré l’héroïsme dont presque tous ont donné la preuve avant juin 1940.
Je vous écris tout cela qu’un ami sûr vous portera lui-même pour que, si je ne devais pas revenir, vous n’ayez pas à avoir honte de moi, et au contraire pour que vous soyez fiers de ce que j’ai fait. Je m’arrête car il est tard. Vous trouverez avec cette lettre quelques photos et souvenirs de Jérusalem où je suis allé en août quand j’étais en Palestine. Vous vous les partagerez. Tâchez de m’écrire à cette adresse, mais renseignez-vous auparavant, car la correspondance avec les « traîtres et rebelles » que nous sommes est soumise à des règles très strictes : Chef de bataillon Broche, Bataillon du Pacifique, Damas, Syrie.

Je vous quitte. Ayez foi en mon étoile, soyez courageux. Soignez-vous bien. Embrassez pour moi tous les parents et recevez mes plus affectueuses caresses.

Félix
Extraits de la lettre de Félix Broche à ses parents du 1er septembre 1941, propriété de la famille Broche.

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