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Le blog de francaislibres.over-blog.com

MAJ « La maison de Pen Er Men est liée à l'histoire de l'île d'Irus »

7 Août 2011 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #1ere DFL

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Mise à jour du 6 août : Texte de Vercors sur l'île d'Irus, extrait de sa préface au livre de Diego Brosset, "Un homme sans l'Occident" :

"Tout l'hiver, nous parlâmes de « l'île ». Ah, aujourd'hui je n'en puis parler que le cœur serré. Elle s'appelait IRUS, ce qui veut dire en celte, paraît-il, « bonheur ». Elle appartenait à une tante de Jacqueline, était quasiment abandonnée, et nous faisions projet d'y passer l'été tous les quatre. Une île! Nous nous excitions fort. Diego, ma femme et moi posions à Jacqueline question sur question, car elle avait passé là-bas des vacances, dans son enfance. Elle s'efforçait de rappeler à elle des sou­venirs honnêtes, pas trop embellis. Nous tentions péniblement d'être aussi sages qu'elle, pour éviter d'être déçus. Une île, pour nous seuls, au fond du golfe du Morbihan...
—    Y a-t-il un bateau ? demandai-je.
Il y a des plates, en tous cas. Il y avait un grand canot aussi. Mais qu'en reste-t-il ?
On le gréera à la voile, dit Diego.
—    Il doit être bien vieux.
Nous le réparerons. Nous le calfaterons et tout ce   qui   s'ensuit.   Vous   savez   manœuvrer ?   me demanda-t-il.
Pas du tout. Et vous ?
—    Non plus. Tant mieux. Rien n'est plus amu­sant que d'apprendre.
Il nous faudra un vieux marin, suggérai-je prudemment.
Et un capitaine au long cours. Dites donc, est-ce que vous me croyez incapable de me débrouil­ler tout seul avec de l'eau, du vent et un chiffon detoile ? Ne pensez-vous pas que d'apprendre à trouversans guide, au fin fond d'un désert sans repères,avec la seule aide d'un vague papier et d'une bous­sole, un puits enfoui dans les sables, soit un peu
plus risqué et difficile ? Là, une erreur d'un poil et c'est la mort. De quoi avez-vous peur ? De chavirer ?
Eh bien, je vous ramènerai à la côte, cela ne m'ef­fraie   pas.
Ce qui est admirable, c'est que cela ne m'effrayât pas non plus. Le sentiment de sécurité sans réserve, de confiance irréductible et inaltérable, que le petit garçon éprouve auprès de son père, je l'éprouvais dans ce bateau, auprès de Diego. Ce n'est pas que nos premières expériences fussent très heureuses. Nous nous rendîmes plus d'une fois ridicules à nos propres yeux. Nous avions passé la première semaine a remettre le canot en état, et à le gréer. Il était sans quille et bien que nous l'eussions lourdement chargé de pierres, il dérivait fort et restait peu manœuvrant. En dépit de quoi nous prétendions tirer de lui l'usage d'un voilier de régates. Nous nous lancions hardiment contre vent et marée et nous étonnions d'être rapidement dressés sur les brisants. Nous faillîmes plus d'une fois nous } perdre, et ne nous sortîmes d'affaire qu'à grand renfort de gaffe et d'avirons. Nous y laissâmes plus d'un agrès. Mais de ces aventures, qui avec d'autres compagnons m'eussent fort effrayé, je n'éprouvais avec Diego qu'un intense amusement, mordant et vivifiant. Comment eusse-je eu peur, puisqu'il riait ? Que ma vie fût en danger ma raison avait beau dire, je ne pouvais au fond de moi douter qu'il m'en tirât.
A peine si j'en doute aujourd'hui, de sang-froid. Ce sentiment-là, je ne l'ai retrouvé avec quiconque, — jamais plus. Depuis j'ai appris à naviguer, et souvent en compagnie de marins pleins d'expérience. Je n'ai jamais osé rien risquer avec eux que ma raison (ou la leur) ne me permissent. Je sais que je ne l'oserai pas davantage dans l'avenir, — jamais plus. Je ne naviguerai jamais plus avec un demi-dieu.
Oui, il m'eût ramené à la côte sur son dos, je n'en doute pas. Je ne l'ai jamais vu fatigué de nager ,— jamais donner des traces de lassitude. Il s'amusait à toutes les acrobaties entre deux eaux, à toutes les sortes de plongeons, à la vitesse spectaculaire du crawl, mais il appuyait sa joie profonde à tracer à la brasse coulée un sillage direct, rapide, régulier,auquel rien, semblait-il, n'eût pu mettre un terme s'il ne fallait que tout plaisir eût une fin.
Ainsi se passa cet été qui n'a pas de pareil dans ma vie. Quelques nuages déjà montaient peut-être à l'horizon de l'Europe en cette année 1932, mais bien des chances encore nous étaient laissées pour échapper à l'orage, et nous n'y pensions guère. Nous menions sur cette île une vie de paradis ter­restre. Je n'ai jamais connu pareille liberté. Habitué qu'il était à la nourriture du désert, et moi-même fort simple de goûts, nous ne donnions nul tour­ment à nos femmes : un peu de viande fumée à midi, le soir œufs et laitages que fournissait la ferme, cela nous semblait royal, — et, dans le fait, cela l'était. Pour le reste Kébé, le Toucouleur, ancien ordon­nance de Diego choisi parmi ses tirailleurs comme le plus beau, le plus racé, le plus noble, le plus intelligent, le plus adroit, le plus sportif, était bien davantage un compagnon plein d'attentions qu'un serviteur. Il ressemblait à un prince égyptien. Et si nous eussions eu la moindre tendance à nous méprendre, cette seule réponse nous eût rappelés à l'ordre, qu'il fit à ma femme quand celle-ci, lui ayant détaillé nombre de courses qu'il avait à faire pour nous sur « la grande terre », s'égara jusqu'à lui demander de répéter pour vérifier qu'il n'oubliait rien. Alors il avait tourné vers nous, les hommes, son visage hautain avec une ombre de sourire indul­gent, pour dire seulement : « Quelle drôle chose, les femmes », et Diego fut démesurément fier de cette réplique. Il ne l'était pas moins quand il parvenait à battre le noir à la nage, car celui-ci dans l'eau ressemblait plus à un triton qu'à un homme; ou à la course à pied dans l'île; ou à sauter par dessus des pyramides de chaises; ou à la lutte à main plate.
Autant qu'il était heureux d'opposer à la dureté de mes opinions la richesse des siennes, — cherchant par l'admirable diversité de ses moyens mentaux à précipiter, sur tous les points possibles, des idées aiguës jusqu'à ce que l'une d'elles eût rencontré le point faible qu'elle pût enfoncer, et quand elle y était parvenue, se réjouissant qu'elle se heurtât, invariablement, à une seconde ligne de défense sur laquelle elle échouait avec bonheur. Car invaria­blement en effet nous nous retrouvions d'accord sur les principes essentiels. En sorte que nos dis­cussions finissaient par devenir une façon de sport. Sur tout sujet nous prenions aussitôt, comme d'ins­tinct, le contre-pied de l'autre; cela nous obligeait à ramasser, comme deux lutteurs, toute notre énergie logique afin d'en habiller nos sentiments — le contraste de nos natures, qui en réalité étaient seules en jeu. Et ainsi le combat consistait en vérité à dénuder l'adversaire de cet appareil logique, à l'obliger de reconnaître en lui-même les racines authentiques de cette opinion superficielle, et ces racines une fois rejointes, à constater, avec une satisfaction dont nous ne cessions de nous réjouir, qu'elle tirait leur sève, ces racines, d'une terre pro­fonde qui était la même pour lui et pour moi.
Mais   quelle   connaissance   de   nous-même   ne gagnions-nous pas à ces exercices! Cela non plus,  cette   sorte   d'exploration   chirurgicale,   cette excision de notre sincérité, — je ne l'ai pas retrouvé."
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Source photo : link
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Ouest-France   / Archives du vendredi 29-07-2011 link

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"L'histoire

« La maison de Pen Er Men est le dernier lien que j'ai avec mon enfance. J'ai l'impression que l'on me retire mes racines », confie Sophie Epiard, petite fille du Général Brosset. Comme trois autres, la maison sera bientôt démolie aux frais de la famille, et sans indemnités.

Après décision du préfet, en 1992, l'Autorisation d'occupation temporaire (AOT) du Domaine public maritime (DPM) n'a pas été reconduite.

À l'annonce de cette décision, la veuve du Général Brosset (Jacqueline), grand-mère de Sophie Epiard, n'y a pas cru. « Le fait qu'on lui prenne sa maison était inconcevable ! Son mari est mort en défendant la France : il était Général de la 1 ère DFL et a oeuvré à la libération du pays. Elle ne comprenait pas ! Pour elle, son jardin était libre et on ne pouvait la déposséder de sa maison ! », raconte Sophie Epiard.

Une bâtisse annexe d'Irus

L'histoire de cette maison est intimement liée à celle de l'île Irus et, de ce fait, à celle de la famille. En 1921, Louise Mangin (soeur du Général Mangin), tante de Jacqueline Brosset, a acquis avec son époux Irus et la maison de Pen Er Men.

« La maison de Pen Er Men était déjà édifiée, et ce depuis 1910. Le terre-plein servait de rampe d'accès pour embarquer vers Irus et la maison était le garage à bateau de l'île. Mais aussi un lit quand la traversée était impossible. »

En 1945, quelque temps après la mort du Général Brosset, Jacqueline Brosset en hérite de sa tante. Irus et Pen Er Men furent ainsi la propriété de ses quatre enfants, mais elle en garda l'usufruit.

Ces deux lieux furent aussi le lieu de rencontre des hauts dignitaires, hommes politiques et intellectuels de l'époque. Parmi eux, Messmer, Pleven et Vercors, « qui y venaient régulièrement. » En 1976, les membres de la famille n'ayant plus les moyens d'entretenir les deux maisons, Irus fut mise en vente, mais Pen Er Men resta leur propriété. Dès lors, tous s'y retrouvaient.

Un intérêt patrimonial reconnu

En 1992, la décision du préfet tombe. Il leur propose la même convention que les trois autres propriétaires, ce que la famille refusa. Celle-ci fit une demande de déclassement du terre-plein en vue de son acquisition, chose qui lui fut également refusée. La famille ira jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme, qui les a déboutés le 29 mars 2010.

Néanmoins, durant la procédure, le 6 août 2002, le directeur général de la Direction générale de la culture, des affaires juridiques et des politiques départementales du Morbihan, informait la famille, par écrit, que l'ensemble de l'anse de Pen Er Menétait répertoriée par le service régional de l'inventaire depuis 1990. Mais que la maison n'y avait pas été spécifiquement inventoriée, bien qu'elle figure sur la photographie.

Il écrivait alors que : « Ce service m'a fait savoir, verbalement, que si l'inventaire [...] était effectué aujourd'hui, votre maison, ainsi que d'autres dans la même situation, serait certainement inventoriée. [...] Ce même service pourraitefficacement intervenir, notamment auprès de la DDE (aujourd'hui DDTM), dans un but de protection du patrimoine si une menace de destruction venait à nouveau à être brandie (1)  »

La fille du Général Brosset appuie, quant à elle, que la Cour européenne a également émis un avis dans ce sens. Elle en cite un extrait : « Un autre choix est possible à l'heure où l'Etat est en nécessité de valoriser son patrimoine. »

La mort dans l'âme, la famille vide actuellement les lieux. Sophie Epiard s'interroge. « À mon sens, seule la maison nous appartient, mais pas le terre-plein. Nous aimerions savoir où se trouvent les responsabilités quant à la démolition de celui-ci. » Autre demande : « Avoir un papier officiel qui nous précise clairement les choses, ce qu'il faut ôter des murs... Et aussi l'affichage du permis de démolir. »

Il est prévu que la maison soit détruite au début du mois de septembre. Ayant perdu tout espoir, elle regrette cette issue. « Nous avons hérité d'un procès et des dépenses afférentes. Malgré tout, j'ai un fort attachement à cette maison. J'y trouve mon apaisement et ma sérénité. »

Contactée, la préfecture du Morbihan n'a pas souhaité s'exprimer sur ce sujet.

 

(1) Extrait de l'arrêt de la Cour européenne."

 

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