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"Jean-Baptiste Reubeuze, la France libre à 17 ans - Flers" Tres bel article de Ouest-France

17 Octobre 2010 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #FNFL

Ouest France du vendredi 25 juin 2010 :

"Jean-Baptiste Reubeuze, la France libre à 17 ans - Flers

Soixante-dix ans après son engagement, le Breton devenu Normand d'adoptiona reçu la médaille des engagés volontaires de la France libre.

 

À Flers, la commémoration de l'Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle a été marquée par la remise de la médaille des engagés volontaires de la France libre à Jean-Baptiste Reubeuze. Ce Breton, installé à La Lande-Patry depuis 1956, s'était toujours contenté de la lettre de félicitations du général de Gaulle datée du 1 er septembre 1945, saluant les ralliements aux Forces françaises libres. « Il n'y en a eu que 18 000 d'envoyées et on m'a dit que j'avais la 13 500 e ».

 Parcours.

Créhen, Côtes du Nord

« Je suis né dans les Côtes du Nord (devenues Côtes-d'Armor) le 20 octobre 1923 à Créhen, dans la région de Dinard. Mon père était menuisier-charpentier et ma mère menait une petite ferme. J'ai un frère et deux soeurs. Je suis le 3 e . Mon père avait 20 ans en 1914. Il a fait toute la guerre dans les tranchées comme fusil-mitrailleur en 1 re ligne. Il en était très marqué. Il racontait toujours les mêmes histoires. Il avait fait les batailles de la Marne, Verdun, le Chemin des Dames... »

Marine marchande

« J'ai commencé à travailler à 14 ans, après mon certificat d'études. J'ai été un peu apprenti électricien puis forgeron chez un oncle. Je suis rentré dans la marine vers l'âge de 15 et demi. J'ai embarqué à Saint-Nazaire comme mousse sur un petit pétrolier nommé le Socombel. Comme on a fini par ne plus avoir de fret, la compagnie nous a fait rentrer à Brest. Je suis resté à la maison quatre mois avant d'embarquer comme mousse sur l'Izarra, un morutier ».

L'engagement

« On est parti de Bayonne qui était en zone libre. À Saint-Jean-de Terre-Neuve, on a vu un officier trois galons de la Marine française libre (FNFL). C'était le 11 juin 1941. Il nous a dit qu'on avait le choix entre retourner en France en embarquant sur un autre bateau ou s'engager dans les forces navales de la France libre. Tous les jeunes se sont engagés pour la France libre. Deux ou trois anciens qui avaient fait la guerre 14-18 et n'avaient pas envie de recommencer sont rentrés en France. Ce qui m'a conduit à ce choix, ce n'est pas l'esprit d'aventure. Je ne supportais pas de voir les Allemands en France. Peut-être une aversion nourrie des récits de guerre de mon père. C'est vrai que toutes ses histoires m'avaient marqué. Il m'a raconté tellement de choses inouïes. Mais en s'engageant, on a quand même réfléchi à deux fois. C'était pour la durée de la guerre + trois mois ».

Ravitaillements

« J'ai navigué sur un bateau de commerce, le Maurienne, qui faisait du ravitaillement sur la ligne Montréal-Halifax-Les Bermudes. Il a sombré dans le port d'Halifax ravagé par un incendie. J'ai embarqué sur un autre bateau de commerce, le Lady Nelson, assurant du transport de troupes. Et puis à Halifax, un commandant de la France Libre nous a recrutés pour armer des bateaux français ».

De Gaulle

« En 1942, à Londres, j'ai eu l'honneur de serrer la main du général de Gaulle. Nous étions 25 civils qui venions de nous engager dans la Marine nationale. Il est venu nous voir, chacun à notre tour, sympa comme tout. Il m'a demandé ce que j'avais fait depuis 1940. Je lui ai raconté. Quand je lui ai confirmé mon engagement, il m'a dit : « C'est très bien mon ptit gars, il y a encore du boulot à faire ». Il m'a serré la main et il a mangé avec nous.

Savorgnan de Brazza

« J'ai été incorporé à Londres le 11 avril 1942. J'ai suivi une formation de mécanicien de trois mois à Portsmouth. Je suis sorti 2 e de mon cours ce qui m'a donné le choix de mon embarquement. Je voulais partir Outre-Mer et j'ai eu la chance d'embarquer sur le Savorgnan de Brazza le 17 octobre 1942. Là on a vraiment fait la guerre. Le batiment était un aviso colonial (entre torpilleur et le croiseur) avec 220 bonhommes à bord. Les Anglais l'avaient complètement modifié en le dotant de tous les armements modernes qui existaient à l'époque, avec de l'anti sous-marin et de l'anti aérien ».

Escortes

« Nous avons fait beaucoup d'escortes de convois. Nous étions toujours en mer. Nous restions au maximum 24 heures au port. Nous avons participé à la bataille de l'Atlantique, avant de gagner l'océan Indien puis l'océan Pacifique jusqu'à Guadalcanal. Le Savorgnan de Brazza était réputé dangereux par nos ennemis. Le bâteau n'a jamais été touché. Nous avons coulé un sous-marin allemand au large de Dakar (22 avril 1943) et un autre japonais au large de Madagascar (13 décembre 1943). Il partait torpiller le Triomphant, désemparé après un cyclone et remorqué par un croiseur australien ».

Le pilote allemand

« Dans notre parcours, nous avons aussi descendu un quadrimoteur Focke-Wulf Kurier au large de Bordeaux (19 mars 1943). Ces avions bombardaient les convois et renseignaient les sous-marins. Comme on nous a demandé de vérifier qu'il s'agissait bien d'un avion allemand, nous sommes allés chercher un vestige. Nous avons récupéré un pilote de l'équipage qui avait gonflé sa bouée mais qui était mort. Dans ses papiers on a trouvé une lettre de sa mère. Un Alsacien que nous avions à bord nous l'a traduite. Sa mère espérait qu'il était plus heureux en France que son frère qui venait de se faire tuer sur le front de Russie. Elle disait l'attendre pour sa permission pour laquelle ils allaient tuer le cochon... Ça nous a fait quelque chose. On s'est tous dit que ça aurait pu être nous. On lui a fait l'enterrement des marins ».

Le retour

« Nous avons rejoint La Ciotat le 1 er janvier 1945. Puis nous avons été envoyés au port de Toulon où nous avons gardé un très mauvais souvenir de l'accueil des Français à notre retour. Ce qui collait à l'image de la flotte française, c'était le sabordage de Toulon... Le bateau a été désarmé. Je suis resté à bord comme mécanicien jusqu'en juillet 1945 et je suis rentré au mois d'octobre suivant. J'ai passé deux ans, huit mois et quatorze jours sur le Savorgnan de Brazza ».

La médaille

« C'est une récompense qui fait plaisir. Mais il n'était pas question pour moi de la demander. Je l'ai parce que mon petit-fils Bruno a mis le nez dans mes papiers et en a parlé à Jean-Claude Delange (président de la section des médaillés militaires de Flers). Mais le symbole auquel je tiens, c'est la Croix de Lorraine. Ça a été ma vie ».

 

Propos reccueillis par Patrick BRIONNE."

 

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