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"Il y a 70 ans, le serment de Koufra""

2 Mars 2011 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #Leclerc

Il y a 70 ans, le serment de Koufra Souvenir Le 2 mars 1941, en plein désert libyen, le colonel Leclerc fait jurer à ses hommes de ne pas déposer les armes avant d’avoir libéré Strasbourg. Le dernier survivant, Daniel Nevot link  , témoigne.

 

Daniel-Nevot.jpg

 

Il y avait de l’inconscience, le goût de l’aventure et cet idéal de revanche contre les Allemands qui les galvanisera jusqu’à la Libération. André Malraux les avait surnommés les "clochards épiques de Leclerc". Il aurait fallu les voir, ces gaillards d’une vingtaine d’années, vêtus de sarouel, boubou ou djellaba, emmenés par un jeune colonel entêté. Une colonne militaire de bric et de broc qui gagnera la première bataille des Français libres et fera serment ne pas s’arrêter avant d’avoir libéré Strasbourg. On est fin 1940. En Europe, les armistices signés avec les Allemands et les Italiens ont mis fin aux combats sur le continent. En Afrique, la France possède des colonies et une longue frontière avec la Libye italienne. C’est là que de Gaulle veut poursuivre la guerre.

Le 2 décembre 1940, le colonel Leclerc arrive au Tchad, à Fort-Lamy (aujourd’hui N’Djamena). Pour beaucoup, cet homme de 38 ans est un inconnu. Philippe de Hauteclocque a pris le nom de guerre de Leclerc. A Londres, de Gaulle lui a demandé de rallier à leur cause les colonies. "La première fois qu’on l’a vu, on s’est demandé qui il était, se rappelle Daniel Nevot, alors soldat première classe. Il nous a demandé si on savait pourquoi on était là et il nous a annoncé qu’on allait prendre Koufra."

Koufra, à 1.700 km de Fort-Lamy. Une oasis perdue au milieu de nulle part, au sud-est de la Libye. Un fort tenu par une garnison italienne, protégée par la Sahariana, une compagnie motorisée, soit 400 hommes entraînés et équipés. En face, le colonel Leclerc ne peut compter que sur 300 combattants, une cinquantaine d’Européens, pour le reste des méharistes et des tirailleurs sénégalais, en fait, essentiellement des Tchadiens et des Camerounais. Quelques dizaines de vieux véhicules et des petits avions, quatre mitrailleuses, une vingtaine de fusils-mitrailleurs et un seul canon de 75. Engagé deux ans plus tôt, Daniel Nevot a 19 ans. Il a combattu en Norvège avant de rejoindre Londres. La "bagarre", il connaît, mais le sable? "Je ne m’étais jamais battu dans le désert, reconnaît-il. On s’en fichait, c’était l’aventure, on était jeunes. Leclerc nous entraînait."

"On a compris que ce n’était que le début de la Libération"

Aujourd’hui, à 90 ans, Daniel Névot est le dernier survivant européen de la bataille de Koufra. Depuis Santa Cruz, dans l’Utah (Etats-Unis), où il vit, le vieil homme raconte. Les kilomètres dans le désert tchadien, les camions Bedford qu’il fallait désensabler régulièrement. Le vent, la soif. Le froid aussi, la nuit. La colonne atteint la palmeraie de Koufra le 7 février 1941. Leclerc tente un "coup de bluff". Pour tromper l’ennemi, le lieutenant Ceccaldi déplace sans arrêt son camion avec l’unique canon, laissant croire que les Français ont plusieurs batteries. "Des obus éclataient au mess des officiers, créant une certaine panique, puis dans un magasin d’habillement au milieu de bidons métalliques qui faisaient un bruit énorme. Le poste de radio était endommagé et la drisse des couleurs était coupée, laissant traîner le drapeau italien sur le sol. Aucun répit n’était laissé à l’adversaire, l’intoxication se poursuivait jour après jour", écrit Guy Merle dans L’Esprit Leclerc, sur les chemins de la liberté (Editions de l’officine). L’homme est un ancien de la 2e Division blindée que Leclerc formera au Maroc, deux ans après Koufra.

Les Italiens capitulent le 1er mars. Le 2 mars au matin, Leclerc fait monter le drapeau dans le fort, s’approche de ses hommes. "On était une vingtaine d’Européens, raconte Daniel Nevot. Les autres étaient éparpillés autour, sur 1 km à la ronde. Leclerc nous a dit: 'Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg.'"Daniel Nevot se tait. Pleure. "Leclerc, on l’aimait comme notre père… On était émus." Sur le moment, comme beaucoup, Daniel Nevot ne prend pas la mesure historique de ce serment, de ce défi militaire insensé: "Mais on a compris que ce n’était que le début de la Libération. On ne savait pas comment et où cela allait finir. Sur le moment, d’ailleurs, on se demandait où on irait. On était quand même en plein désert!" Trois ans et demi plus tard, après la montée vers la Libye, la Tunisie, le Maroc, le débarquement allié et la libération de Paris, la 2e DB atteint Strasbourg. Le 23 novembre 1944, un spahi monte sur la flèche de la cathédrale et accroche un drapeau, fait de bric et de broc lui aussi. Le bleu du tablier d’une charcutière de la ville, le blanc d’une chemise d’un capitaine et le rouge de la ceinture d’un spahi. Le but était atteint.

 

Garance Le Caisne - Le Journal du Dimanche link

Samedi 26 Février 2011

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