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Honneur à M. Meunier (SAS)

1 Février 2011 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #SAS

meunier.jpg

 

04/10/2010 Raymond Meunier, un combattant de l’autre guerre link (Verdun-Meuse.fr)

Le 25 Septembre 2010, j’ai eu l’honneur de remettre la légion d’honneur à Raymond Meunier dans les termes suivants :

« Il me revient l’honneur de décorer aujourd’hui Monsieur Raymond Meunier de la croix de chevalier de la légion d’honneur.

Ce type de cérémonie s’inscrit toujours dans un cadre traditionnel : le parrain souligne les mérites du récipiendaire.

Ces mérites, je les regrouperais autours d’une trilogie :

- les mérites d’un homme
- l’héroïsme d’une unité combattante
- l’enracinement d’un terroir

Les mérites d’un homme

Raymond Meunier, vous êtes né le 10 juin 1923 à Ecrouves (Meurthe et Moselle) où votre père exerçait le métier de cheminot. En 1936, votre famille s’installe à Mussey. Après des études à Bar le Duc vous rentrez sur le marché du travail et rejoignez à votre tour le chemin de fer comme auxiliaire en 1939. La guerre interrompt ce premier emploi.

Dès lors et pendant deux années vous devenez chauffeur dans une entreprise locale. Le 11 novembre 1942, la zone libre dans laquelle était Mussey est envahie. Le recrutement autoritaire pour le STO et les chantiers de jeunesse forestiers s’active. Vous décidez alors de rejoindre Londres et la France libre.

Ce choix de la volonté, ouvre une épopée.

L’enfant de cheminot que vous êtes profite d’abord de sa connaissance du réseau ferré pour gagner la frontière espagnole. Après un passage de la frontière à pied, le 18 février 1943, le train vous conduit à Barcelone où vous êtes arrêté, puis libéré sur demande du Consul français. Le train vous conduit ensuite au Portugal, puis le bateau à Gibraltar et à Casablanca. La ville connaît alors la concurrence des recrutements français, entre Giraud et de Gaulle. Votre choix est fait, ce sera de Gaulle. Vous repartez à Gibraltar et arrivez enfin en Grande Bretagne à une date prémonitoire, le 6 juin de l’année d’avant - 1943 - vous y rencontrez le général de Gaulle qui rend visite à tous ceux qui comme vous ont fait le choix de la France Libre.

Le 16 juin, vous signez un engagement volontaire au 2ème régiment de parachutiste et commencez l’entrainement à Hardwick puis à Ringway.

Le 15 aout 1943, vous êtes breveté parachutiste. Dès lors commence le formidable entrainement des SAS.

Le 11 juin 1944, vous êtes parachuté avec le 2ème régiment de parachutiste à St Marcel de Bretagne.

Après un retour en Grande Bretagne, vous revenez en France où vous participez à la libération du Sud de la Loire en septembre 1944. Deux mois plus tard pour la Noël de l’année 1944, vous êtes en Belgique avant de participer à l’une des dernières grandes opérations de la guerre, la libération de la Hollande en avril 1945. Vous êtes démobilisé le 27 septembre 1945.

______________

La sècheresse de cette chronologie ne pourrait se comprendre sans la présentation de l’héroïsme de l’unité combattante dont vous êtes membre : les SAS - Special Air Service

L’héroïsme d’une unité combattante : le SAS

Les unités de Spécial Air Service ont été créées en 1941 par l’Etat major britannique. Ce sont des petits groupes de combattants de 5 à 10 hommes (des sticks) décidés, équipés, capables de vivre sans secours avec leurs propres moyens et équipements. Leur objectif est de s’infiltrer à l’intérieur des lignes ennemies.

En 1942, le Général de Gaulle a donné son accord pour qu’un « French Squadron » rejoigne le 1er régiment du Spécial Air Service britannique.

En 1943, les SAS représentent une brigade formée de 4 régiments - 2 française et 2 britannique. Les français sont au nombre d’environ 800 et vous en êtes.

Après un dur entraînement secret les SAS français sont les premiers engagés dans la bataille de la libération de la France.

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, quatre sticks du 4ème SAS sont parachutés en Bretagne à St Marcel afin de créer des bases et de bloquer les troupes allemandes sur site. Ce parachutage ouvre 2 mois de combats acharnés auxquels vous participez. Les combats de St Marcel sont une véritable épopée que le Colonel Bourgouin a magnifiquement sublimée.

« La bataille de Saint Marcel est devenue le symbole de la résistance bretonne, la première grande bataille livrée par des français sur la terre française, la collaboration intime de ceux du maquis et de ceux de la France libre. N’oublions jamais qu’un bataillon descendu du ciel a mêlé au sang celtique des sangs venus de toutes les provinces de France et de l’Europe et que Saint Marcel a été le combat qu’a livré la France toute entière pour revivre, pour sa propre victoire ».

Parallèlement à ces combats bretons, les SAS français et britanniques sont parachutés à partir de fin juin dans de nombreuses régions de France afin de combattre les troupes allemandes sur leur arrière - dans la Vienne, en Corrèze, dans la Creuse, dans le Lyonnais, dans le Finistère et sur la Loire combats auxquels vous participez.

Alors que la France est quasiment libérée, commence alors la dernière épopée. Les derniers combats pour libérer les derniers réduits du nazisme.

Ces derniers combats vous en êtes un acteur. D’abord l’opération « Franklin ». Le 16 décembre 1944 le Maréchal Von Rundstedt lance une offensive dans les Ardennes. Le Commandant allié est surpris. Le 2ème régiment de chasseurs parachutistes est appelé à la rescousse. Le 24 décembre les SAS rentrent en Belgique.

Pendant un mois d’hiver très rude, les SAS patrouillent, repèrent les positions ennemies, harcèlent ses points d’appui, ramènent de nombreux prisonniers. Isolés des américains vous libérez St Hubert, Steirnbach, Limerle. Fort de ces victoires, vous êtes relevé le 25 janvier. Après quelques remises en ordre les deux unités du 2ème et 3ème RCP repartent en Grande Bretagne afin de reprendre l’entraînement.

Pendant ce temps, les armées alliées progressent. L’avancée en territoire allemand crée progressivement une poche, encore occupée, le nord de la Hollande. Le 28 mars 1945 les deux unités français des SAS reçoivent l’ordre d’intervenir. Leurs missions : créer le maximum de confusion dans le triangle Groningen - Coevorden - Zwolle, empêcher la destruction des ponts, s’emparer de l’aérodrome de Steinwijk, soutenir la résistance, signaler les objectifs à l’aviation.

Le 7 avril, 706 paras, dont vous êtes, sont largués sur la Hollande sur un terrain sillonné de canaux et de fossés, parsemé de nombreuses fermes, où les couverts étaient maigres et peu feuillus. Malgré de formidables handicaps, la plupart des missions furent remplies au prix de pertes élevées.

L’opération Amherst, une des dernières grandes opérations militaires de la seconde guerre mondiale prenait fin. Et vous y étiez. Mais vous n’y étiez pas seul. Et cela constitue la formidable exceptionnalité de Mussey.

L’enracinement d’un terroir : la formidable exceptionnalité de Mussey

Le choix du combat pour la liberté, qui a été le votre, ne peut se comprendre en dehors d’un formidable enracinement de terroir. Mussey, cette commune que vous avez rejoins en 1936 à 13 ans va marquer votre destin. Sans Mussey, l’épopée aurait été différente, car, ce n’est pas seul que vous vous êtes engagé, mais en trio. Trois jeune de Mussey, ensemble ont fait le choix du combat de la liberté. Ces trois copains, d’un âge sensiblement égal, 17, 18, et 19 ans étaient tous trois fils de cheminot.

Ensemble ils prennent la décision de rejoindre la France Libre. Ensemble, ils choisissent les SAS. Ensemble, ils participent aux mêmes combats. Ensemble ils vont connaître la même destinée. Marcel Urbain, 17 ans, celui que vous considérez comme votre frère. Gilbert Henain, 18 ans. Trois SAS qui font de cette commune une exception française, la commune de France ayant regroupé le plus grand nombre d’engagés dans les régiments SAS !

Votre épopée est celle de 3 gars de Mussey, de 3 gars de la Meuse, de 3 volontés. Votre épopée est aussi une formidable baraka, partis 3, vous êtes revenu en 1945, trois. Et ce retour ce fut aussi Mussey.

D’abord en février, mars 1945 où vous êtes accueillis comme des héros et puis à partir de votre démobilisation où vous retrouvez votre place dans le milieu communal. Marcel Urbain, transporteur à Mussey fut maire de cette commune jusqu’à son décès en 1989. Gilbert Henain, après une tentative de réinstallation à Mussey, se réengagea dans l’armée et s’illustra en particulier en Indochine avant de partir pour l’Amérique. Et vous, Raymond Meunier, vous êtes rentré au Crédit Lyonnais à Bar le Duc le 1er avril 1946 pour une carrière de 35 années qui vous a vu gravir un à un les échelons qui vous conduiront au poste de sous-directeur à la Direction Régionale de cette banque à Reims en 1981.

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Aujourd’hui à travers cette décoration c’est d’abord à vous qu’il est rendu hommage, mais c’est aussi à vos deux compagnons que nous pensons et c’est sur Mussey que rejaillit l’honneur de votre choix de liberté.

Que cette légion d’honneur tardive, répare l’injustice commise en 1946 où il vous fut impossible d’atteindre le général de Gaulle de passage à Bar le Duc.

Que cette légion d’honneur soit la juste reconnaissance de votre engagement, qu’elle soit pour tous ceux qui vous entoure la preuve d’un destin assumé ».

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