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Historique de la poste militaire de la France Libre , par Alexandre Ducatillon

22 Juin 2011 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #La France Libre

Historique de la poste militaire de la France Libre - Alexandre Ducatillon link

 

Durant cette période, comme on ne disposait à ma connaissance, d'aucun fonctionnaire ou agent de l'administration postale, il n'avait pas été possible d'organiser un service cohérent de poste militaire. L'expédition, la réception et la distribution du courrier étaient assurées par le service de la censure des Forces Françaises Libres, sous les ordres du lieutenant Ménard, vieil officier de réserve de la guerre 1914-1918, employé dans une banque française de Londres. De ce fait, nous étions entièrement tributaires, tant pour la poste militaire que pour la poste civile, du General Post Office britannique.

Arrivé en Grande-Bretagne le 7 juillet 1941, je subis, comme tous mes camarades, les interrogatoires de la Sécurité militaire britannique. Ceux-ci terminés, je suis à même de signer, le 26 du même mois, mon engagement aux Forces Françaises Libres. Cependant, pour des raisons de sécurité, je décide de changer mon identité et, jusqu'en septembre 1943, je serai connu sous le pseudonyme de Gout. De nombreux documents ou notes de service me concernant me désigneront sous ce nom. Je ne reprendrai ma véritable identité qu'en septembre 1943, avant mon départ pour Alger. Le récit qui va suivre ne concernera donc que la période allant de juillet 1941 à septembre 1943, date de mon arrivée à Alger.

Mes entrevues avec le général de Gaulle - création de la direction de la poste militaire



Le 31 juillet, le colonel Dassonville  link, chef de l'état-major particulier du général de Gaulle, me fait appeler et m'informe que le " Grand Charles comme nous l'appelions familièrement, désirait me voir au plus tôt, avec si possible en main un projet succinct d'organisation de la poste militaire. Ce travail étant déjà terminé, le colonel Dassonville en informe l'officier d'ordonnance du général et quelques minutes plus tard nous nous retrouvons dans son bureau. Après un garde-à-vous aussi impeccable que possible et les présentations d'usage, une franche poignée de main et un " heureux de vous voir et de vous accueillir parmi nous très impressionné et intimidé, je lui présente mon avant-projet. Il le lit attentivement et l'approuve. Il insiste sur la nécessité d'accélérer l'acheminement du courrier vers l'Afrique et le Moyen-Orient. " Mettez-vous au travail sans plus tarder. Parlez-vous l'anglais ? " , me demande-t-il. " Très peu et très mal " , telle fut ma réponse. Il m'informe alors, ce que je savais déjà, que des cours avaient été organisés à l'intention des officiers arrivant et devant momentanément rester en Grande-Bretagne. "Fréquentez-les le plus assidûment possible " , me conseille-t-il.
L'entrevue était terminée.

Il me restait maintenant à concrétiser le projet déjà commencé. Mon premier travail fut de demander des introductions auprès de l'administration postale anglaise et de son service de poste militaire. Je fis de même auprès des Canadiens qui avaient un B.P.M. à Londres. Je reçus partout un très bon accueil et la promesse de me donner, quand je le leur demanderai, toute l'aide possible, promesse qui fut ultérieurement tenue.

Un projet plus étoffé étant maintenant établi, je le fais soumettre au général de Gaulle qui l'accepte.

En conclusion et par note de service en date du 4 octobre 1941, le service de la poste militaire des Forces Françaises Libres est créé et, comme il se doit, rattaché au commissariat national à la Guerre. Par note du général Martial Vallin, commissaire national à l'Air, j'assumerai simultanément les directions de la poste militaire de ces deux commissariats.

C'est alors que se place ma seconde entrevue avec le chef de la France Libre. Il avait lu mon projet et l'approuvait. I1 en profite pour me demander si je faisais quelques progrès dans la langue anglaise. Je dois lui confesser que le temps dont je dispose ne me permet pas beaucoup de travailler mon anglais. Il semble un peu déçu, mais finalement comprend qu'il m'est difficile pour le moment de faire plus. Je lui promets, sans grande conviction, de faire un effort. " Donnez-lui donc une secrétaire bilingue, cela lui facilitera le travail " , dit-il au colonel Dassonville qui assistait à l'entretien. En fait, elle fut pour moi un excellent professeur d'anglais et dès lors mes progrès furent très rapides.

Mon travail passe alors dans une phase constructive, mais aussi je réalise mieux chaque jour les difficultés auxquelles je vais nécessairement me heurter.

Locaux et matériel



Du fait du rattachement de mon service au commissariat national à la Guerre, je quittai le 4 Carlton Gardens, siège central de la France Libre, et rejoignis avec armes et bagages Dolphin Square, sur les bords de la Tamise, où se trouvaient les locaux du commissariat à la Guerre. À ma demande, le général Petit, commissaire national à la Guerre par intérim, m'affecte trois pièces au rez-de-chaussée où je peux installer le B.P.M. 7 en formation et un service de vaguemestre. Au premier étage, je dispose, pour les services de la direction, de deux pièces assez spacieuses. L'intendance nous fournit le matériel de bureau et nos amis anglais des casiers de tri et des timbres à date.

Personnel



Le personnel dont je disposais comprenait, pour le B.P.M. 7, un adjudant de l'armée active, rescapé de Dunkerque, que, faute de mieux, je nommai chef du B.P.M. 7 en formation. L'adjudant Erlin se montrera digne de la confiance que je lui fais et demeurera avec nous jusqu'à notre départ en Afrique du Nord, en septembre 1943. Là, nommé aspirant, il rejoindra une unité combattante.

Le sergent Pédro, réserviste, jouit, en sa qualité de natif de l'île de Guernesey, de la double nationalité anglaise et française et nous vient comme volontaire de l'armée britannique. Sa connaissance de la langue anglaise nous sera très utile. Le soldat Chapel qui, lui, revient de Narvik, fait preuve de beaucoup de bonne volonté ; il est d'une nature souriante et d'un caractère toujours égal.

Le sergent Guiraut, que je récupère à sa sortie d'un hôpital anglais où il a été amputé du bras gauche, devient un excellent vaguemestre. Il est actuellement employé au consulat général de France à Londres.

À ces quatre militaires, il me faut ajouter deux autres rescapés de Dunkerque, Mlles Marinette Coppin et Germaine Rohaut  link. Employées du téléphone avant la guerre de 1939, à la mobilisation, elles avaient été volontaires pour servir, dans leur spécialité, dans l'armée. Titulaires de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palme, elles avaient été parmi les toutes premières à rejoindre la France Libre en juin 1940.

Au personnel composant le B.P.M. 7 était venue s'ajouter, avec l'avis favorable du général de Gaulle, Mme Germaine Munro  link, secrétaire bilingue, évadée de France, et qui travailla avec moi à la direction.

ralliement d'agents de l'administration à la France Libre



C'est pendant la période allant de juillet à octobre 1941 que sont arrivés à Londres trois agents des services techniques. Le premier, M. Alaphilippe, venait d'Indochine. En sa qualité de technicien des services téléphoniques, je le fais nommer sous-lieutenant au titre de la télégraphie militaire. Il s'occupera du réseau téléphonique intérieur des différents services de la France Libre. Les deux autres, agents des lignes, bretons d'origine, seront envoyés à Brazzaville et mis à la disposition du directeur des PTT qui en a grand besoin. Ces deux derniers, dont j'ai oublié les noms, s'étaient évadés de France par mer, en partant des côtes bretonnes sur un petit bateau à rames, et étaient parvenus on ne sait comment ni par quel miracle à Falmouth.

 

 

......

 

La suite -->www.censurepostale.org link


A.E. Ducatillon – colloque Résistance et PTT

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