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Le blog de francaislibres.over-blog.com

Etienne Schlumberger. Le feu sacré de la Résistance

21 Juin 2011 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #FNFL

 

 

 

Etienne Schlumberger link est toujours animé à 96 ans de la même aversion contre les régimes totalitaires, à commencer par "l'histlerisme" ou les "vichystes". Résistant de la première heure, avant même l'appel du Général, il se souvient à 96 ans de la chanson "La France Libre" qu'il chantait sur l'air de "La Bohème".Le reportage de Thierry Dilasser www.letelegramme.com  link

 

 

 

Il fait partie des premiers Français à s’être mobilisés contre « l’ennemi nazi » et est l’un des 35 derniers compagnons de la libération encore en vie. Aujourd’hui âgé de 96 ans, Etienne Schlumberger n’a pourtant rien perdu du feu sacré qui l’a amené à « refuser l’inacceptable ».

 

Depuis le salon de sa modeste villa surplombant le port de Morgat, Etienne Schlumberger semble intrigué. Autour de lui, des piles de livres, entassées au hasard de lectures successives, et quelques tableaux témoignent de la richesse d’un passé dense comme plusieurs épopées. La reproduction en bois d’une goélette posée sur un vieux meuble atteste de son attachement à la mer.

"Que voulez-vous savoir exactement, jeune homme ?"
Tout juste installé, le visiteur se voit offrir par sa femme, Nicole, « un jus d’orange », dans lequel son mari s’empresse de verser, très cordialement, un large trait de rhum. Posant un regard facétieux sur son interlocuteur, le vieil homme, croquant dans un gâteau sec, s’interroge : « Que voulez-vous savoir exactement, jeune homme ? ».

La question ne manque pas de déconcerter. Du haut de ses 96 ans, Etienne Schlumberger est l’un des 35 compagnons de la Libération encore présents pour témoigner d’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’humanité. A ce titre, il appartient à cette catégorie d’hommes et de femmes qui portent en eux cette inestimable faculté à « s’indigner », pour reprendre la désormais célèbre formule de Stéphane Hessel.

Résistant, ingénieur, commandant, voyageur...
Polytechnicien - comme l’avaient été avant lui ses père, grand-père et arrière grand-père et comme le deviendront ses fils et petit-fils -, l’homme a vécu plusieurs vies. Résistant, commandant dans la Marine, ingénieur, capitaine d’industrie, navigateur au long cours, il a côtoyé au plus près le Général de Gaulle, qui lui donnait du « Schlum ». Il s’est vu décoré de la Distinguished Service Cross par la reine Elizabeth II, a dessiné les premiers méthaniers et autres gigantesques bateaux capables de transporter des gaz réfrigérés, a voyagé dans plus de quarante pays et effectué une navigation longue de six ans sur toutes les mers du globe à bord de Here Moana Tea (« Amoureux de la terre lointaine » en polynésien), son voilier de 13 m. Un voyage dont le but initial était de rejoindre le « bout de terre polynésien » qu’il avait acheté, avec un ami, « un soir où on avait bu un coup de trop ». Une véritable figure romanesque qui trouve, donc, encore la candeur de se demander en quoi son parcours peut intéresser son prochain.

Condamné « à la peine capitale »
Et pourtant. Une seule question suffira à lui faire dérouler le fil de son existence. A savoir, où se trouvait-il lorsque, sur les ondes de la BBC, le grand Charles lança son appel à résister ? « J’avais autre chose à faire qu’à écouter la radio cette nuit-là ! » tempête-t-il presque. Arrivé à Cherbourg en 1938 en qualité d’ingénieur en génie maritime, il est en charge de quatre sous-marins (L’Orion, l’Ondine, la Minerve, le Junon) quand approche la menace allemande. Des unités qu’il n’hésitera pas, et « contrairement aux ordres », à envoyer en Angleterre dès le 17 juin 1940. « J’étais (donc) sous la Manche lorsque le général a lancé son appel. Le lendemain, Cherbourg tombait entre les mains de la grosse Bertha ».

 
La déception militaire
Il a alors 25 ans. Les sous-marins désormais à l’abri d’une capture ennemie, Etienne Schlumberger rejoint de Gaulle à Londres, avant de remonter vers Liverpool, au côté de Georges Thierry D’Argelieu (né à Brest en 1889), un homme qui deviendra son « deuxième père ». Mais cette arrivée en terre « scouse » marque aussi le début d’une relation pour le moins conflictuelle avec la grande muette. « Il y avait 15.000 marins français sur place. On n’a réussi à en débaucher que 500. J’étais horrifié ». Suivant la logique du général et de Churchill - « continuer le combat jusqu’à la victoire » - il prend la direction de l’Afrique, toujours dans le sillage de l’Amiral d’Argelieu.

 
"Une chance sur deux de ne pas revenir"
« L’idée était de rallier le Sénégal, ou de rejoindre le Cameroun, qui nous avait déjà rallié. A Dakar, on nous a tiré dessus. On a essayé de débarquer, on s’est à nouveau fait tirer dessus par d’autres Vychistes ». Les mêmes qui l’avaient condamné, quelque temps plus tôt, « à la dégradation militaire, à la confiscation des biens, aux travaux forcés à vie et, enfin, à la peine capitale ». Le motif ? « Désertion et trahison ». Un épisode sur lequel il revient avec force détail dans son livre, « L'Honneur et les rebelles de la Marine française (1940-1944) », paru en 2004, qui n’avait d’ailleurs pas manqué de faire grincer quelques dents et de susciter le malaise au sein de la Royale.
Lorsque la guerre s’arrête enfin, il se trouve dans les fjords norvégiens, à commander des opérations spéciales, « comme détruire des centrales électriques, débarquer des commandos ou torpiller des bateaux ennemis ». « Entre les chasseurs de sous-marins et les mines, on avait une chance sur deux de ne pas revenir », explique-t-il sans sourciller.

"Hitler, c’était l’horreur absolue. Tous ceux qui l’ont suivi sont immondes"
Après une courte pause – « vous reprendrez bien un peu de jus d’orange » - et avant de reprendre le récit de sa vie, Etienne Schlumberger s’interroge à nouveau. « Mais pourquoi me faites-vous parler de tout ça. Qui croyez-vous que tout cela intéresse aujourd’hui ? Et après tout, je n’ai fait que refuser l’inacceptable ».

Libre penseur et farouche indépendant, l’homme avoue désormais se « foutre des compagnons. C’est tellement loin tout ça ». L’avenir ? « Je veux qu’on jette ma bidoche à l’eau ». Ce qui l’a le plus indigné au cours de sa vie ? « L’affreux comportement de tous ceux qui se sont mis à plat et qui ont cru en une victoire allemande pour, au final, se faire botter le cul. Hitler, c’était l’horreur absolue. Tous ceux qui l’ont suivi sont immondes ». Suivra une dernière question : a-t-il déjà eu peur au cours de sa vie ? « Peut-être que Nicole découvre certaines choses », lâche-t-il après un long silence, avant de se tourner vers sa femme, et de trinquer « à la liberté ».

 

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