Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de francaislibres.over-blog.com

“A La Réunion, le patriotisme est toujours aussi fort”

9 Mai 2011 , Rédigé par francaislibres.over-blog.com Publié dans #FNFL

link Clicanoo.re :

 

7fb203f518d799f0b6f8d646756e2a55.jpg

C. Bourhis (en, bas à gauche), Marcel Ozoux link , Auguste Constant link et André Mesnier link

 

 

Camille Bourhis  link.

 

Au sein de la France Libre, il fait partie des derniers Réunionnais à avoir participé à la Seconde Guerre mondiale. A bord du Léopard, puis sur d’autres navires, il a navigué et combattu en Méditerrannée. A l’occasion des célébrations du 8 mai, il revient sur ces événements et sur l’intérêt, toujours intact, que portent les jeunes générations sur cette période.

Aujourd’hui, nous commémorons la Victoire de la France sur l’Allemagne, le 8 mai 1945. Sentez-vous la société toujours aussi sensible au combat mené à cette époque ?

Les gens viennent aux cérémonies, mais vous savez, nous ne sommes pas aidés par les médias. Le 28 octobre 1942, c’est l’anniversaire de la libération de la Réunion mais personne n’en parle vraiment. Pourtant, nous le commémorons. De même, l’année dernière, on a fêté le 70ème anniversaire de l’appel du Général de Gaulle, mais à part les anciens combattants, les militaires et les amis de la France Libre, qui était là ? Il reste trois derniers survivants de la Fondation de la France Libre : madame Jauzelon, un monsieur Séry de Trois-Bassins, et moi-même. Et comme le devoir de mémoire est la seule raison d’être de notre Fondation, nous intervenons dans les lycées et les collèges. Or, soyez sûrs que les élèves sont demandeurs, posent des tas de questions, veulent connaître le déroulement des événements, nous envoient des lettres pour nous remercier d’être venus, de leur avoir raconté cette époque. La jeunesse veut connaître, mais elle n’est pas aidée.

La perception que nous avons de la guerre aujourd’hui doit être radicalement différente de celle que vous aviez dans votre jeunesse...

Effectivement. Nous vivons depuis 70 ans en paix, quatre générations de Français n’ont pas connu la guerre. Dans notre jeunesse, dans les réunions familiales, comme des oncles avaient vécu 14-18, nous entendions parler de Verdun, des Dardanelles... Mais on ne nous racontait rien avant que nous n’ayons atteint un certain âge. Ces oncles étaient patriotes à 100 %, n’auraient pas songé une seconde à nous dresser contre le service militaire. D’ailleurs, à l’époque, celui qui n’avait pas fait le service n’avait pas le droit de fumer (rire). A l’époque, c’était 24 mois, puis 18 mois puis 16 puis 12, puis on l’a supprimé ce qui était une grosse erreur.

Où étiez-vous en 1939 ?

J’avais 16 ans, j’étais au lycée et avec les copains, on spéculait sur qui, le premier, aurait l’âge d’être engagé volontaire. Nous voulions tous y aller.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous engagés ?

Quand les Anglais ont débarqué à Diego Suarez le 15 mai 1942, le gouverneur de la Réunion craignait qu’ils n’arrivent jusqu’à La Réunion. Alors on a commencé à fortifier Saint-Denis, en réquisitionnant tout ce qu’il y avait comme véhicules. Or je conduisais l’un des deux camions de mes parents. Puis le gouverneur Auber, resté fidèle à Pétain, a déclaré Saint-Denis ville ouverte, s’est cantonné à Hell-Bourg. Moi, qui étais réquisitionné, je me suis trouvé face au commandant en second du Léopard, chargé des opérations de débarquement des Forces Françaises libres. Là, je lui ai demandé s’il acceptait mon intégration. "C’est une chose faite", m’a-t-il répondu. Le 7 janvier 1943, nous avons quitté la Réunion, nous étions 25, pour l’île Maurice où nous avons commencé l’entraînement de commando, que nous avons continué à Tamatave et à Diego Suarez. Puis direction Djbouti, Suez, Port-Saïd et c’est là que les choses ont évolué. "Finie la croisière dans l’océan Indien", nous a dit le commandant. Les Allemands étaient en Lybie, en Grèce et tout autour de nous, ce n’était que carcasses de bâteaux.

Ce que vous voyiez alors correspondait-il aux rêves du jeune lycéen ?

Là, on ne calculait plus. On était au boulot, fusilliers-marins, affectés à des missions, pour éviter les mines, les attaques. Ensuite, vers Malte, la veille était décuplée, avec des passages de sous-marins allemands en permanence. Nous étions pratiquement au poste de combat. Puis notre bateau s’est échoué sur les côtes lybiennes. Pendant quarante jours, une partie de l’équipage était partie sur Benghazi, où se sont déroulés les récents combats lybiens. Moi je suis resté à bord, à vider les cales, couler du ciment... Jusqu’à ce qu’une tempête réduise tous nos efforts à néant. Nous avons hissé le grand pavois, chanté la Marseillaise et avons quitté le Léopard. Un moment très dur. En camion, nous avons rallié le Caire. Puis ce fut Beyrouth, le Liban sous protectorat français. Là, j’ai participé à l’arrestation du président de la République du Liban. On nous avait réveillés en pleine nuit, pour neutraliser 17 gendarmes alors que nous n’étions que 7, puis pour entrer dans une résidence où on nous a appris, juste à ce moment-là, que nous devions arrêter le chef de l’Etat. Je me suis retrouvé face au président et sa femme en disant "Pas un geste". Une scène dont j’ai gardé en mémoire tous les détails. Puis nous avons eu des convois vers l’île de Chypre, vers Malte. Nous passions notre temps à faire des grenadages de sous-marins, à nous défendre d’attaques aériennes. Finalement, c’était presque une routine, un métier. La France est aujourd’hui engagée dans des conflits de nature bien différente car la patrie n’est pas en danger. Qu’en pensez-vous ?

Ce sont des guerres de traités, d’accords passés entre pays. Vous savez, on a déclaré la guerre en 39 parce que l’Allemagne avait envahi la Pologne et que la France avait des accords avec la Pologne. Aujourd’hui, nous sommes dans l’Otan, nous sommes amis des Etats-Unis, nous avons des accords pétroliers...

Selon vous, ces interventions sont-elles justifiées ?

C’est difficile de le dire. C’est vrai qu’en Lybie, Kadhafi fait assassiner des gens. Mais en même temps, il se passe des choses similaires en Syrie et on laisse massacrer sans intervenir. Au Liban, après l’arrestation du président, nous avons eu un mois de troubles durs où nous avions pour mission le maintien de l’ordre. 70 ans après, en Syrie, on ne fait rien.

Sentez-vous que le rapport à l’idée de patrie a changé entre votre jeunesse et celle d’aujourd’hui ?

En métropole, je pense qu’il est moins fort. Là-bas, par exemple, on connaît de Gaulle mais le rôle de la France Libre est encore très étouffé. A la Réunion en revanche, le patriotisme reste toujours aussi fort. Le Réunionnais est foncièrement Français et tout ce qui se passe en France, ça lui fait de la peine. Quand les choses ne vont pas et qu’il ne peut pas participer, il se sent éloigné.

Entretien : David Chassagne

 

e57c1bbcfae29e5cb6888092d37903f4.jpg


- Bio Express. Agé de 88 ans, originaire de Saint-Denis, Camille Bourhis est président de la Fondation de la France Libre à la Réunion. Après son retour de la Seconde Guerre mondiale, en décembre 1945, il fut successivement transporteur puis salarié d’un concessionnaire automobile, puis à la direction des affaires sanitaires et sociales. Camille Bourhis fut conseiller municipal et adjoint au maire pendant 28 ans, sous les mandats de Gabriel Macé, Jules Reydellet puis Auguste Legros. Il fut secrétaire général de l’UNR-UDT dès sa création en 1958. Il est notamment décoré de la légion d’Honneur, du mérite national, de la croix de guerre, de la croix du combattant.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article